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la poursuite des expériences que je développe à travers les dispositifs, les travaux d’expositions et d’éditions m’amène à préciser une idée du dessin: il s’agit de se résoudre aux éléments essentiels les plus simples de manière à concentrer et à affûter des relations entre l’idée et l’expérience, là où elles restent indissociables. Vivre, partager ces relations implique pour moi un rapport problématique, voir négatif avec l’espace en tant qu’il serait un référent de l’évidence et de l’objectivité collective, et avec le concept en tant qu’il éclairerait et s’imposerait par lui-même.
NOTES
Représentation - Exposition
• Le silence n’est pas une pause entre deux temps, le son n’est pas réductible au signal audio. Ce qu’on peut retenir de la peinture n’est certainement pas “elle-même” (sa carcasse morte) ; il n’y a du neuf et de la mémoire que dans des rapports.
• Mes dispositifs ne font appel à rien qui soit ailleurs; des éléments concrets aussi clairs que possibles qui constituent la représentation, sachant qu’exposer est une sorte de scène hors de la vie immédiate, où ce qu’on éclaire est systématiquement différent (et davantage) que la simple somme des ingrédients.
• L’attente, comme le silence nous met face à soi, l’attention, comme la durée, détermine la présence des choses, et cela se passe dans un contexte culturel, dans un tissus orienté de codes et de références où la lecture et les possibles se démêlent.
Matériaux
• Les temporisateurs sont pour moi un moyen de modeler, d’affûter, d’orienter l’attention, l’appréhension. Avec un intérêt particulier pour ce qui est de l’ordre de l’instant : on fait corps avec l’instant, il nous implique directement dans l’articulation d’une durée, c’est à dire dans la profondeur.
• Une majorité de mes dispositifs produisent des coupures (de sons, de lumière, du sens de lecture…). Il est intrigant de voir comment la coupure, l’interruption soudaine révèle au fond de soi ce qui était, ce qu’on vivait.
Adéquation
• On a beaucoup fantasmé sur une adéquation entre le signe, ce qui détermine la structure d’une œuvre, la forme, et puis l’approche qu’on en a, ce qu’on en perçoit, le sens. Bien qu’il y ait à ce sujet des articulations passionnantes de l’histoire de l’art moderne, je ne crois pas à cette idée. Au fond, je m’en méfie, autant que je peux me méfier des mots. Et je préfère déjouer cette attente, piéger cette adéquation que pourrait rechercher le spectateur. (La brisure qu’implique la durée.)
Évidence, tourisme
• Il n’y a pas plus de regard innocent que d’espace (ni de monde) apparaissant en-tant-qu’il-existe. On produit, à chaque instant, le regardeur produit, il y a un comportement, et l’inévitable violence de l’arbitraire de ce qui produit.
• Lorsque quelque chose nous apparaît, c’est autant le regard que nous portons qui se révèle.
• Dés qu’un détail fait signe, cela montre en arrière plan l’orientation subjective de notre approche, son conditionnement. Une ouverture se trouve toujours dans ce qui paraît d’abord infime où la certitude pourrait se renverser, où se manifeste une sorte de résistance à tout.
Autonomie
• Pas d’autonomie sans autolimitation.
• Comment conserver une trace sans la geler, sans ajouter de la préciosité? (Comment énoncer? Comment écrire sans se détacher?) :
• Déployer une structure, mais ne surtout pas la diffuser: l’œuvre autonome fait sa propre trace sans en produire d’autres illusoires, qui trahiraient son inauthenticité (une dépendance au spectaculaire). Une composition doit rester ancrée dans les matériaux qui la servent.
Indétermination
• En toute responsabilité faire: regarder, laisser se marquer un emportement dans/par le réel, jusqu’à un certain détachement de l’intention, de l’impérieuse maîtrise (consciente), mais garder l’initiative. Je n’ai jamais oublié que la véritable activité, lorsqu’on travaille avec le son, c’est l’écoute, lorsqu’on dessine, c’est le regard.
Modern-métaphysique
• Les modernes — qui ont fait le grand nettoyage — nous ont-ils légué une “sensibilité moderne”?
• La question n’est pas de savoir ce que l’on ingère, mais comment? Heureusement, le “IN & OUT”, ce plaisir techno du haut transfert d’information, du langage comme lexique-index ne concerne qu'une réalité lointaine, celle des machines et des corps en phase de gymnastique pure.
• Sortir de soi : la moindre coïncidence de l’idée et de l’expérience ne déjoue t-elle pas ces quotidiennes et inauthentiques quêtes de bonheur qui au fond, ne sont certainement pas ce qui nous anime?
LL 2000/2001
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