ludovic lignon – août 2006
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machines

Une machine* n'a pas de corps authentique, alors ça ne pense pas.
Et par ailleurs, le corps n'est certainement pas une machine.
(Le cosmos non plus, mais c'est presque un autre sujet.)

Prenons un compteur binaire électronique avec un affichage à leds, par exemple de chez L.Lignon. Chaque composant peut matériellement être échangé par un équivalent neuf sans que le procéssus de comptage ne soit perturbé. Quand on aura remplacé tous les éléments matériels x fois, il semble qu'il s'agisse toujours de la même machine, du même pseudo individu mécanique — son "zéro" de démarrage en témoigne.
Ca semble bien une construction mentale déterministe empruntant une matérialité qu'on dira quelconque.

Par contre moi, je suis un corps, un espace authentique. Il n’y a pas d'esprit empruntant la matière et celle-ci n’a rien de quelconque a priori.
Je suis différent à chaque instant.
De plus, imaginons, si on changeait mon cerveau et ses connexions (ou bien le reste de mon corps, ce qui revient au même) contre un équivalent, on ferait un autre individu.

Le programme au coeur d'une machine est étranger à toute contingence, la machine n'a pas d’histoire, il n’y a d'histoire que celle que l'humain projette et imprime à partir de sa propre volonté de vivre. Au contraire, un vrai individu n'est pas conçu, il n'est pas fait, il est procréé, pondu. C'est une donnée parmi les données du monde.

Contrairement à des idées reçues et gravées, les organes n'ont de fonction que dans un sens imagé, métaphorique. En vrai les organes ne fonctionnent pas, ces choses se contentent d’être.

Le corps pense, pas la machine, pas la mécanique logique. Elle n'a pas plus de vie que ce texte. Ce texte participe bien de la pensée humaine, mais manifestement ne bouge pas.
Certains écrivains de science fiction devrait comprendre que l'electromagnétisme est comme l'encre de ce papier, il n'y a pas d'être dans les signaux. Ni de véritable autonomie, la dépendance aux humains est criante.

L'information comme être est une fantaisie paranormale.

Il n'y a pas plus de "monde des idées" que derrière un miroir ou autre gri-gri.
Il n’y a pas de “virtuel” non plus à l'affichage des écrans, seulement des fictions. Les nombres restent une fiction mathématique, quoi qu'on en dise, quoi qu'on simule.

Mais dans un drôle de futur, aurons-nous le désir d'un ancètre commun avec une chose fabriquée ?

LL 2006

* j'appelle ici "machine" tout particulièrement la grande famille des automates à états disctrets.

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