|
Comme toute pensée, nos organes à pensée tels que les mains ou les machines bougent, scrutent nécessairement au delà de leur structure, composent avec un dehors.
On souvre un espace en séparant ; linfiniment distant est trop lointain ou trop proche ; les sources du donné sétendent hors mesure, presque hors pensée.
Au milieu arrive ce qui doit bien faire signe dans la trame dun corps, procédant à coups dinstants t, par comparaisons de qualités ou de quantités, les isolant dun bruit, notre bruit dhorizon.
Les conditions humaines despace et de temps poussent à une réduction permanente des indécisions qui baignent les choses pour que se présente un espace où faire trace, où séloigner de lorigine.
Ce qui arrive arrive dans un ordre historique, sort des confusions, se passe par brisure, émerge dune confluence de causes dont le regard, lui aussi sorte de vide en expansion, plein de symétries brisées et de désir, fait partie, prend partie.
On ne pourrait pas penser sans faire, sans linquiétude, cette hypothèse dextérieur, ni sans lirréversibilité du faire, ce risque de lessentiel au point où telle chose est autre, en environnement réellement autre que ce quelle est ; on ne pourrait pas voir sans uvrer.
Comme démerger entier depuis linfini du continu, limpensable est de commencer par la distance.
Aucun corps du plus élémentaire au plus complexe ne pourrait analyser un signal sans le vivre dabord : il faut incorporer pour saisir, être présent à ce qui arrive je pense quil ny a pas d'ordre précédant la pensée ni didée précédant le monde. On transmet en produisant localement par ses tissus et peaux, par tranche de durée. Il faut affecter sa précieuse connectique, luser, la restaurer et laltérer encore (jusqu'à la fin).
De la nature on ne décolle pas. La conscience calme pourrait nêtre quun instant de fiction face à limpossible qui arrive forcément.
Complices de lomniprésence du bruit, par inquiétude, par désir de connaissance, cest sans innocence que nos organes capteurs, interpréteurs, comparateurs et diffuseurs se comprennent, et en retour apportent du concret au monde.
Ce serait terminé pour la pensée, qui est ce dialogue avec linconnaissance, si elle se formait de ses propres volontés ; ce serait une perte sans retour de soi et du monde de se déterminer par lidée du contrôle, de se projeter par la seule volonté, de seulement croire à la possession de quoi que ce soit dans un environnement.
La technique (dans son sens général, de lhypnose aux automates
) est une simple extension des organes du corps déjà à luvre, et ne décide au fond de rien.
Au lieu dunité et de continuité, il ny a sans doute dans lespace des signes, et dans lactuel que nous imaginons embrasser, que transpositions et brouillages, cassures, absence.
Il ne reste au fond que brisures, séparations et comparaisons.
Entre quelques hypothèses justes et quelques coïncidences fugaces, il ny a dans le présent que sauts, discontinuité, fractures de proche en lointain sans lesquelles nous ne verrions rien à lécran.
LL 2004
|